La peinture, Patrice Mordant est tombé dedans quand il était enfant, ou plus exactement il en a respiré les odeurs qui se dégageaient de la palette de son père. Le Père, Jean Mordant, l’artiste peintre, ami de Buffet, de Mathieu, Louis Guilloux, Atlan… et bien d’autres quand il était à Paris. Pourtant Patrice ne fut pas particulièrement encouragé par son père, les rapports entre l’adulte et l’enfant puis l’adolescent étaient parfois distants voire conflictuels.

Aussi le jeune Patrice était-il plutôt attiré par le sport, ce qui ne l’empêchait pas toutefois de dessiner. Et c’est à douze ans qu’il commença vraiment à toucher la peinture et fit son premier tableau. Tenté par la peinture Patrice fit plusieurs essais, contrarié par son père qui très exigeant ne lui apporta jamais le moindre encouragement ni le moindre conseil pour appréhender le monde de l’art.

Pourtant à un moment de sa vie Jean Mordant s’interrogea : qui pourrait reprendre le flambeau ?

Les besoins matériels de la famille se faisant pressants, Patrice s’orienta vers des études techniques à Dinan pour apprendre un « vrai métier ». C’est ainsi qu’il deviendra électricien en bâtiment pour éviter à sa future famille les soucis matériels qu’il avait bien connus.

Jean Mordant décède en 1979. Est-ce alors que la question posée par le Père revint à la mémoire du fils aîné ? Toujours est-il que pendant les vacances de l’année 1980 Patrice commença une série de croquis sur un carnet.

En 1983, il « osa » un portrait de Louis Amstrong, portrait au fusain. Plutôt satisfait du résultat Patrice prit confiance en lui et… se lança dans l’aventure. Il ressortit alors le chevalet du Père Jean, cadeau d’Emile Daubé à son premier élève Jean Mordant. Sous le pinceau de Patrice apparurent les premières aquarelles, les premières marines, les premiers ports…, Patrice se sentit dégagé de l’emprise du Père et put donner libre cours à son talent. Voilà l’autodidacte sur les rails.

Plus tard il abandonne l’aquarelle pour se consacrer à la peinture à l’huile.

Installé dans un atelier à Saint-Brieuc où peu de personnes sont autorisées à pénétrer, il se sent bien dans cette bulle, dans ce cocon. Il peint parfois 8 heures d’affilée en écoutant la musique du moment, en rêvassant.

Il affectionne particulièrement les portraits, s’attache à la personne, saisit son regard et travaille autour, l’échange est déjà là : dans les portraits de famille bien sûr, portraits du Père Jean, de sa mère Denise, de son fils Yan, … mais aussi dans les portraits d’amis ou d’artistes : Jacques Brel pour lequel il a une admiration particulière ou François Budet qu’il tenait à remercier pour la chanson composée en hommage à son vieil ami Jean Mordant.

Pourtant en 1993, après un voyage en Ecosse, Patrice Mordant décide d’apprendre à jouer de la cornemuse écossaise. Président fondateur du Pipe Band de Saint-Brieuc, il se consacrera désormais à la musique et délaissera la peinture.

Peinture… Musique… Peinture… en 1999 pour le bonheur de ses amis il reprend ses pinceaux. Paysages colorés et variés naissent alors sur ses toiles. Puis un jour, Patrice, ressortant des archives familiales un croquis représentant le peintre dans son atelier, décide de réaliser ce que son père avait simplement esquissé.

Défi ? Hommage ? Défi car le fils prouve qu’il peut réaliser ce que le Père n’avait pas fait. Hommage car en peignant cette toile Patrice fait réapparaître l’atelier du pater où se mêlent les modèles, les natures mortes, les marines, et l’autoportrait de l’artiste. Les MORDANT père et fils se retrouvent enfin.

Aujourd’hui Patrice Mordant est un peintre qui se définit lui-même comme quelqu’un qui s’oblige à bien regarder, à ne pas tricher et à être sincère. Il considère que le fait de n’avoir pas pris de cours lui permet d’être plus libre dans son expression.

Comme tout artiste, Patrice n’aime pas les comparaisons, cependant à propos de sa peinture on peut souligner l’audace des couleurs et la vigueur des traits. Quand on sait qu’il admire Van Gogh et Bernard Buffet on est moins surpris.

Michel BOULAIRE

(extrait de discours)